Début de l’analyse et des dialogues de l’axe « Peuple et Démocratie »

Début de l’analyse et des dialogues de l’axe « Peuple et Démocratie » 2016-11-04T10:22:56+00:00

Au cours des séances de travail de la première journée de la IIIe Rencontre Mondiale des Mouvements Populaires, qui se sont déroulées l’après-midi et le soir du 2 novembre,  un panel sur le thème « Peuple et Démocratie » s’est tenu avec pour objectif d’impulser et de favoriser les débats qui se sont ensuite poursuivis dans les ateliers de dialogue sur cette même problématique.

Participaient à ce panel : Beatriz Serqueira, du Syndicat des travailleurs de l’éducation (SindUTE) (Brésil) ; John Mwanika, d’Amalgamated Transport and General Workers Union (ATGWU) (Ouganda) ; et le Père Luigi Ciotti.

Dans son intervention, John Mwanika a affirmé qu’une démocratie ne peut être authentique que si elle s’articule aux mouvements sociaux et aux syndicats en raison de la capacité de ceux-ci à montrer leur solidarité avec ceux d’ « en bas ». Mwanika a souligné que « les mouvements populaires furent les champions dans la lutte contre le colonialisme. Mais désormais le système démocratique a été pris d’assaut et détourné, et nous vivons dans une démocratie factice. Si les mouvements populaires et les syndicats ne sont pas partie prenante, la démocratie est une fausse démocratie, un club réservé à seulement quelques uns ». Il a ajouté : « Nous voulons une démocratie qui situe les gens au centre du dispositif.» Concernant les propositions d’action, il a suggéré de modifier les systèmes de financement des partis et des campagnes électorales.

Pour sa part, Beatriz Serqueira, du Syndicat des Travailleurs de l’Education du Brésil, a commencé son exposé en invoquant la mémoire des militant(e)s assassiné(e)s comme Berta Cáceres ou les 43 étudiants « disparus » d’Ayotzinapa (Mexique), et la lutte internationale des femmes exprimée par le slogan « Pas une de moins ».

Rappelant la situation actuelle au Brésil, Beatriz Serqueira a insisté sur la responsabilité des nouvelles formes d’exploitation du capital dans les dégâts environnementaux dont souffre l’ensemble de la société et les dommages, en particulier, causés à la classe des travailleurs. Serqueira a affirmé : « En Amérique latine, nous avions construit des blocs qui s’opposaient aux hégémonies, et c’est pour cette raison que nous avons subi un coup d’Etat au Brésil et que nous subissons une contre-offensive qui cherche à renverser nos démocraties. » Serqueira a insisté sur le manque de représentativité du système actuel, et a conclu son exposé en déclarant que « la démocratie aujourd’hui ne représente pas le peuple, elle légitime des politiques d’austérité et met les ressources de la nation à la disposition du capital. L’actuelle démocratie représentative favorise de la sorte une véritable restauration néoconservatrice ».

Le Père Luigi Ciotti s’est référé également à la crise de représentativité par rapport aux agressions que subissent les populations : « Regarder vers le futur cela signifie ne pas oublier que les pauvres et les exclus ont certes besoin d’aide, mais ils ont avant tout besoin de dignité. Les accueillir n’est pas suffisant, il faut les reconnaître et leur octroyer la citoyenneté. Aujourd’hui, on les ignore et on leur refuse la citoyenneté. Nous ne pouvons construire de l’espoir sans tenir compte de celles et ceux qui en sont exclu(e)s, parce que l’espérance appartient à tous, ou alors à personne. »

En ce qui concerne la nécessité de renouveler la démocratie, le Père Ciotti a déclaré que « la démocratie affirme la liberté et la dignité de la personne ; ce ne sont pas des concepts abstraits mais des valeurs fondées sur la justice sociale. Les droits supposent aussi une responsabilité. Il faut être libres avec les autres, pas contre les autres. » Il a terminé en affirmant : « Pour que la démocratie redevienne le pouvoir du peuple, il faut qu’elle se mette de nouveau au service du bien commun, qu’elle reprenne les rênes de l’économie et qu’elle empêche les capitaux de s’approprier les biens communs. Les peuples sont l’espérance de la démocratie. Quand le changement est possible, on ne peut demeurer indifférents : il nous faut globaliser l’espérance. »

A la fin de ce panel général consacré au thème « Peuple et Démocratie », les délégué(e)s ont rejoint les différents groupes de travail pour élaborer des propositions concrètes d’action qui seront remises au Pape François.