Le panel «Territoire et Nature» insiste sur la nécessité de prendre soin de la «maison commune»

Rome, 3 novembre 2016

La deuxième journée de travail de la IIIe Rencontre Mondiale des Mouvements Populaires a commencé par un hommage à toutes les personnes ayant perdu la vie en raison de leur lutte en faveur de justes causes. En particulier l’écologiste du Honduras Berta Cáceres, assassinée pour avoir défendu l’environnement dans son pays, et qui avait participé à la première édition de ces Rencontres.

Le panel «Territoire et Nature» était constitué des intervenants suivants : Dr Vandana Shiva, de Navdanya Trust (Inde) ; Rosalina Tuyuc, de la Coordinadora Nacional de Viudas (Guatemala) ; Mónica Crespo, de la Federación de Cartoneros y Recicladores (Argentina) ; et Te Ao Pritchard, de Pacific Panthers Network (Nouvelle Zélande). La coordination était assurée par Nohra Padilla, de l’Asociación de Recicladores de Bogota (Colombie) et Ana de Luco, de Sure We Can (Etats-Unis).

Dans son introduction au débat, Ana de Luco a cité les propos du Pape François pour signaler un objectif  principal: la défense de notre Mère la Terre. Dans ce sens, ce panel se propose de réfléchir aux différents aspects et aux perspectives concernant le respect et les soins que l’on doit à la Terre.

La première intervenante, Dr Vandana Shiva, célèbre éco-féministe, a indiqué que «tous ceux qui défendent la Nature et les droits des peuples sont persécutés». Mais, malgré ces difficultés, Vandana Shiva a souligné l’importance de «vivre comme nous le demande Le Très Haut: dans le respect de la Terre et de la Création». Chacun de nous, a-t-elle signalé, «nous sommes terre. Nous ne sommes pas séparés d’elle. Les puissants ont construit une séparation artificielle – que j’appelle un eco-apartheid – dans nos consciences et dans la réalité, en créant des personnes sans domicile et sans terre. La révolution c’est de revenir à notre “maison commune” la Terre, comme nous l’a dit le Pape François. Mais une fois à l’intérieur de cette maison, nous devons la soigner et la respecter».

Vandana Shiva a poursuivi en dissertant sur le rôle que doivent jouer la science, l’économie et la technologie dans la définition des deux grandes priorités aujourd’hui, à savoir: le respect et le soin dus à la Création. Dans ce sens, elle a dénoncé le rôle des industriels qui ont détruit plus de 35% des espèces végétales au cours des dernières années : «Ils ont transformé l’agriculture en un art de produire du poison». Elle a aussi proposé que «toutes les églises et institutions spirituelles deviennent des sanctuaires pour les semences agricoles». Vandana Shiva a enfin dénoncé les accords TTIP et CETA qui «ruinent notre vie». Et a parié en faveur de l’agro-écologie: «La Terre nous a été donnée pour qu‘on y vive, alors vivons-y en l’aimant et en la respectant».

L’intervenante suivante, Rosalina Tuyuc a mis l’accent sur «notre Mère la Terre et notre Mère Nature qui incarnent la Vie» au sens le plus large. Penser la vie doit conduire à la défendre contre toute sortes de menaces. Tuyuc a signalé que le rôle des femmes dans cette mission de défense de la vie est capital, notamment face aux promesses illusoires des entreprises capitalistes. «Nos peuples – a affirmé Rosalina Tuyucn’accepte aucune sorte de promesse alléchante en échange de la mort car nous représentons la continuité de la vie. L’eau, la terre, les semences sont des éléments de vie, et non pas de marché et de mort. Alors quand nous, les enfants de notre Mère la Terre, nous sommes attaqués, nous devons nous défendre tous unis».

Ensuite, Te Ao Pritchard, représentante du collectif «les Panthères du Pacifique» qui rassemble des populations natives et des migrants,  a pris la parole pour rappeler que son expérience personnelle est essentiellement liée à l’action: «Nous nous préparons pour répondre au problème que constitue le commerce des armes, et nous recherchons aussi la solidarité et la collaboration d’autres peuples indigènes pour développer de nombreuses actions. Nous nous battons aussi pour la souveraineté alimentaire». Te Ao Pritchard a précisé: «Il y a des navires de guerre que sillonnent les eaux de nos territoires et polluent nos mers. Nous manifestons contre cela en nous lançant à la mer à bord de nos embarcations traditionnelles pour faire valoir les droits des peuples indigènes. J’appartiens à une tribu et nous agissons en solidarité avec d’autres tribus voisines». Enfin, pour conclure, Te Ao Pritchard a déclaré: «Je veux insister sur l’importance de la formation des jeunes et la nécessité de les aider à dépasser leurs vulnérabilités. Nous leur disons qu’ils ne doivent pas s’épuiser en une action ultime, mais  qu’ils doivent aller de l’avant, dialoguer avec les autres et surtout débattre entre égaux pour définir une position commune».

La dernière intervention a été celle de Monica Crespo, «cartonnière» argentine, au nom de ses camarades. Elle a décrit le travail qu’ils font et «les conquêtes sociales que nous avons remporté grâce à nos luttes. Nos camarades sont persécutés et déplacés. Les Argentins n’ont pas compris que le recyclage est très important pour soigner notre planète, comme l’affirme le Pape François».

Monica Crespo a également déclaré: «Nous avons obtenu que l’Etat soutienne notre lutte et qu’il confie le service de recyclage aux « cartonniers » et pas à des entreprises privées. Cette reconnaissance constitue un succès très important qui a entraîné une amélioration de nos conditions de travail, de salaire et de transport, etc.» Cela, a rappelé Monica Crespo, les a conduit a formuler une demande concrète en faveur d’une «loi sur les emballages» qui favoriserait le recyclage systématique, protégerait la «maison commune» et favoriserait la condition matérielle des travailleurs. «Nous, les “cartonniers” et “cartonnières”, nous sommes tous les jours dans les rues, qu’il pleuve ou qu’il vente, pour recycler et protéger notre Mère la Terre». Monica Crespo a terminé son exposé en déclarant: «C’est une grande joie d’être ici et de constater que, dans d’autres pays, on lutte également en faveur du recyclage et contre la contamination. Il faut empêcher les poursuites des autorités contre les travailleurs indépendants qui pratiquent le recyclage parce qu’ils sont les protecteurs permanents de l’environnement».

A la fin de cette intervention, Norha Padilla a lancé un appel en faveur de «l’établissement de la souveraineté alimentaire, la souveraineté dans le travail, et la souveraineté populaire». «Si tu veux quelque chose – a-t-elle dit en conclusion – lutte à fond et obtiens-le».

2018-03-02T10:49:50+00:00 Nov 4, 2016|Categories: Encuentro III, Sin categoría, Tierra|